...Loops

Entrevue ...Lps pour le festival Electropixel#6 organisé par APO33 à Nantes, Août 2016

1-Pouvez-vous vous présenter en tant qu’artiste, votre démarche et votre parcours artistique de façon générale ?

Dewi (instigateur du projet ...Loops): Développeur Web de profession et pratiquant la musique assistée par ordinateur comme hobby occasionnel depuis presque 20 ans; je suis, de loin, l’évolution des musiques électroniques souterraines et d’autres musiques expérimentales ou marginales.

Le modèle d’interaction entre dj(s)/liver(s) et public a peu évolué dans la musique électronique dansante depuis les années 1990: le ou les artiste(s) sur scène transmet(tent) et le public reçoit. La généralisation récente du téléphone intelligent permet à la musique d’être créée par plusieurs personnes en même temps, de manière spontanée. Avec l’application musicale ...Loops nous avons voulu expérimenter cette voie qui permettrait de démocratiser la performance artistique, grâce à la technologie.

2-Pouvez vous nous parler du projet que vous présentez à Electropixel ? Comment êtes vous arrivé à créer un tel travail ? Le processus, les étapes de création, les influences, les échecs et ouvertures, Expérimentations.

...Loops est une application musicale accessible comme une page Web qui permet à plusieurs personnes de piloter des instruments numériques (échantillonneurs ou synthétiseurs). Les informations transmises par les participants sont centralisées sur un ordinateur du réseau local Wi-Fi utilisé: ce premier diffuse alors le rendu sonore résultant par des hauts-parleurs.

Le défi actuel est de doser la part de spontanéité accordée aux participants face aux tentations multiples de diriger la performance musicale au cours de son déroulement.

Le modèle classique de “pré-écrire la pièce jouée et faire répéter des participants avant une performance” arrive naturellement. Mais cette démarche pourrait nuire à la part improvisée, accidentelle induite par la constitution spontanée d’un ensemble de personnes non préparées.

D’un autre côté, pour se passer d’ateliers préalables l’application doit être assez simple d’utilisation pour une prise en main rapide par des non musiciens.

Les questions sont donc multiples:
Comment faire en sorte que des personnes inconnues puissent spontanément prendre en main l’outil ...Loops et s’écouter pour créer un résultat musical acceptable par le plus grand nombre ?

Doit-on accorder un pouvoir quasi total aux participants pour s’autogérer ou faut-il nécessairement un expert pour diriger une performance musicale ?

Qui détermine qu’un rendu sonore a été acceptable ou pas: les artistes-installateurs où un consensus formé des participants et auditeurs ?

Le rendu sonore est-il la finalité ou seuls sont importants les moyens techniques mis en place avant la performance ?

Le projet oscille donc entre happening artistique et concert semi-contrôlé où la performance suit une pièce pré-écrite avec un artiste-installateur dans le rôle de chef d’ensemble (qui oriente la performance en choisissant quels instruments-participants mettre en avant).

Le processus d’évolution de l’application ...Loops (utilisée pour les performance musicales collectives) est itératif et proche de celui du développement logiciel dans d’autres domaines (qu’artistiques):
suite à une improvisation musicale collective, des nouvelles fonctionnalités ou mises à jour sont effectuées sur l’application selon les retours exprimés par les participants et le ressenti des artistes-installateurs.

Ça a, par exemple, été le cas pour la fonctionnalité “rotation des instruments entre participants” qui éjecte une personne de son instrument après un certain laps de temps pour permettre à une autre de le jouer, à son tour.

Cela permet à un plus grand nombre de personnes de participer à chaque performance et cela apporte peut être plus de variations au rendu musical général.

Un des objectifs du projet est que les participants des performances musicales collectives se divertissent en coopérant.

On souhaiterait également ajouter le contrôle de visuels et le déclenchement d’objets physiques (automates,...) à la possibilité d’interagir avec la partie sonore d’une performance artistique.

Pour rendre les performances plus organiques et moins robotiques on pense continuer à inclure des instrumentistes pour improviser avec les participants (Romain, percussionniste Marimba est prévu pour Electropixel #6).

3-Que signifie pour vous le Powerhack? En quoi ce sujet est en lien avec votre approche artistique?

Pour les membres du projet ...Loops, il s’agit de péter les règles (espaces séparés, comportements différents attendus de chacune des parties,...) convenues dans les représentations d’œuvres musicales jouées par des instrumentistes pour des spectateurs (lors d’un concert rock, par exemple). Nous voulons réduire la barrière sacrée entre ces 2 catégories: élargir l’espace de performance artistique au delà de l’espace scénique classique.

Ce faisant peut être reviendrions nous à l’ancienne notion de cercle (qu’on peut représenter par une ronde de danseurs qui pour mener la danse alternent tour à tour les rôles de chanteurs et de contre-chanteurs).

4-Qu’est ce que le festival electropixel représente pour vous? En quoi pensez vous qu’un festival de ce type est important pour le paysage artistique actuel? Comment voyez l’avenir pour ce genre d’espace de Diffusion?

C’est important de permettre aux arts des marges de pouvoir s’exposer et se confronter au public.

Pour les artistes eux-mêmes, cela leur permet de prendre connaissance de ce qui se fait dans d’autres disciplines et d’enrichir leur propre quête artistique.

5-Au delà de l’idée que l’art dépasse les genres et catégories, que pensez-vous des nouveaux champs de l’art numérique? Comment voyez vous ce genre “art numérique”? Pour vous c’est quoi les différences entre art numérique, art électronique, net art, création multimédia, art sonore…etc? Quelles conséquences ce genre de catégorisation amènent dans votre approche de l’art et de la création?

Le fait que l’état de l’art se raffine avec l’émergence de disciplines de plus en plus pointues ajoute des combinaisons possibles aux résultats artistiques. L’évolution des techniques est donc intéressante dans le domaine artistique: plus de connaissances disponibles = plus de croisements possibles.